Il fait beau, le ciel est bleu et les pétales de cerisier volètent dans le ciel. Le printemps est aux portes de tout le monde, et de quoi vais-je vous parler?
D' H I V E R ...
Tout comme il est bien plus facile de rire de nos cauchemars lorsque nous les avons eus il y a quelque temps, ou de rire de nos examens lorsqu'ils sont passés...(Mais oui vous allez rire de vos
examens et de vos concours! Parce que vous aller y réussir, parole de Clayrillon ) Eh bien maintenant que le Printemps est là, parlons d'hiver!^^
A quoi vous fait penser l'hiver?
...froid
...grelottement
...malheur
...rester au chaud
...neige
...blanc
...pur
...silencieux
...nature endormie
...chocolat chaud
...souffle qui fait des nuages devant vous...
(et ça me fait aussi penser à mon anniversaire 8D)
Et comment est-ce que vous personnifiez l'hiver? L'Hiver qui apporte le froid et le sombre ne devait pas être une très agréable personne...En tout cas, nos ancêtres semblaient le considérer comme
tel, et non sans raisons...car si le Printemps était toujours une belle demoiselle aux cheveux couleur de blé et aux yeux bleus avec un sourire, appellée d'après la mythologie grecque Flore
(comme la princesse dans la Belle au Bois Dormant de Disney, d'ailleurs...) l'Hiver, lui, était un vieux grincheux représenté sous les traits de Saturne. Saturne, symbole de la vieillesse,
et de la mélancolie. C'était, dans la mythologie, le père de Zeus qui dévora ses enfants...pas le plus agréable des personnages, donc.
Pourquoi cette transformation vers une représentation de jeune femme? Il y a deux "tendeances", pour moi, que je vais tenter de mettre au clair, et qui ne sont pas
pour autant dissociables l'un de l'autre...
D'une, l'esthétique. On demande une équilibre, une harmonie telle celle que recherchait le classicisme. La recherche du "beau" pousse les artistes à aller voir au-delà de la beauté conventionelle
des Flores printanières, et de rechercher leur beauté particulière. Chose bien plus risquée que de représenter une beauté rayonnante et heureuse, mais tout aussi satisfaisante, sinon bien
plus!
On commence à percevoir ces "allégories" de manière plus nuancée. Non seulement cela, mais on souhaite faire entrer l'aspect humain de l'Hiver, de diverses manières. Ainsi, le vieux Saturne,
représentatif de la mort et de la mélancolie, ne représente plus forcément l'Hiver tel que peuvent le voir les hommes qui ont appris à s'adapter à son tempérament rude. Tout
comme les artistes apprennent à montrer non seulement le symbole, mais l'état d'esprit humain qui se cache derrière ce symbole. Figure de beauté, de sensibilité, de vulnérabilité,
d'excès: une nouvelle demoiselle d'Hiver remplaçant le vieil Hiver...
Ci-dessous, voici trois représentations féminines hivernales, qui me plaisent, et que je vais donc analyser avec plaisir. Quelle est la représentation de l'Hiver dans ces
trois oeuvres?
Bal d'enfants ou Allégorie de l'Hiver, de Watteau (XVIIIème siècle).
Pour une Allégorie de l'Hiver, nulle scène hostile d'un paysage enneigé et tourmenté! Nous sommes dans une ambiance plutôt festive, comme nous le montrent les couleurs chaudes du centre du
tableau, où se regroupent les enfants. Seuls, les murs sombres et le vêtement de la dame qui semble trôner sur la scène nous rappellent les thèmes du froid...Les rideaux rouges
rappellent ceux du théâtre. (Observez d'ailleurs l'enfant à droite portant un masque de Sganarelle) Où est la réalité en effet? Est-ce un jeu, un spectacle que les enfants
mettent en scène pour elle? Ou est-ce qu'elle symbolise le désir de faire la fête, à l'abri du froid, pendant les saisons glaciales? Cette scène nous paraît irréelle: une danse d'enfants
dévêtus, dans une pièce où trônent des bustes classiques, et contemplés par une "reine" d'Hiver. Le bal des enfants pour l'Hiver semble un affront païen, voire libertin, aux grandes
valeurs mythologiques. L'Hiver n'est pas repoussante ou dangereuse: au contraire, sa présence semble illuminer le tableau, et donne un sens, aussi ambigu soit-il, à la scène...Dans le coin droit
du tableau un enfant se chauffe à un brasier, rappelant le froid de l'hiver au-dehors, contrastant avec le bal enflammé qui se déroule à l'intérieur.
L'Hiver ou La Frileuse, de
Jean-Antoine Houdon
Ici, l'Hiver n'est pas représentée du côté des Dieux tout-puissants tels que Saturne, imposant le froid inhospitalier. Au contraire, voilà un Hiver qui se retrouve empli d'humanité, et qui, comme
le plus commun des mortels, subit l'Hiver. Ainsi, la saison n'est pas représentée par son effet, mais sur la situation dans laquelle elle fige l'Humanité.
Représenter un nu féminin qui n'était pas une déesse ou une allégorie était interdit par les bonnes moeurs. Ici, certes, Houdon nomme son oeuvre "L'Hiver"...mais sème le doute. Est-ce autant
"L'Hiver allégorique" que "La Frileuse" tellement humaine? Une silhouette jeune, dissimulant son visage - et ses autres attraits - du froid.
L'amphore grecque à côté d'elle dénote une référence à la mythologue, certes...mais celle-ci est fissurée, comme si elle dénotait au contraire un éloignement de ces valeurs mythologiques.
Quant au drapé, celui-ci n'est pas utilisé afin de mettre en valeur de façon spectaculaire la figure. Au contraire, celle-ci s'en sert afin de tenter de se cacher du mieux qu'elle le peux,
de l'Hiver...et du spectateur. Houdon ajoute une touche de sensualité en traitant d'un tel sujet dans le marbre, au toucher froid, mais si lisse et doux. Qui n'aurait pas envie de toucher la
peau glacée de cette Frileuse, en proie avec l'Hiver? Aujourd'hui, une telle représentation, si vulnérable et triste, nous émeut; aujourd'hui, comme hier...mais nos rapports à l'art, et à ce qui
était "convenable", est différent. La société du XVIIIème siècle n'était peut-être pas prête à reconnaître - du moins officiellement - justement pour sa sensibilité et son humanité.
Ce n'est pas autant son "indécence" qui aurait intedit sa représentation au Salon, mais sa grande "humanité"...le dévoilement d'un état de désarroi d'un être qui transforme le drapé mythologique
en guenilles qui servent à peine à la couvrir. Que penserait la haute société du XVIIIème siècle, chaudement habillée, en voyant cet Hiver "autre", cet hiver des démunis?
Allégorie de l'Hiver d'Alphonse Mucha, pour le panneau des "Quatre Saisons"
Avec l'Art Nouveau, dès la fin du XIXème siècle s'exprime dans une nouvelle pureté visuelle, dans des volutes où se mêlent entrelacs, végétation et
courbes féminines. La femme orne extensivement les affiches et panneaux crées notamment par Mucha, tels que celle-ci, l'Hiver. Cette image se serait trouvée non pas au Salon, mais bien
probablement dans un café. Elle a un but non seulement artistique mais essentiellement décoratif, et doit installer une certaine atmosphère. Au coeur de l'hiver, prenant un bon café, l'habitué se
sentira réchauffé par cette image.
Nous sommes loin du marbre glacé de Houdon, et plus proche des tons de Watteau: une lumière chaude et douce qui donne même à la neige une teinte moins froide. Cette neige entoure d'ailleurs la
femme élégamment, sans l'importuner. Elle demeure légèrement voilée dans les branches, ce qui lui confère une aura de mystère...L'Hiver est couverte, mais son manteau d'un blanc pur révèle
parfaitement ses courbes sensuelles; son regard séducteur, demi-caché afin de jouer avec son spectateur, la montre en position de pouvoir...Ici, l'Hiver reflète un idéal de la femme, à
une saison qui renvoie à celle de la fête, de l'atmosphère chaleureuse...Une période de calme qui donne lieu à des moments de bonheur simple...Un Hiver idéalisé pour une femme fantasmée, qui
demeure juste assez humaine pour être aimée, et juste assez divine pour être inaccessible.